Bloquée...
ou : je n'arrive plus à écrire, mais je dessine
Bonjour !
Ça fait des semaines que je travaille sur un article. Il devait s’appeler “Vieillir sans enfants : lettre à ma non-progéniture” ou un truc du genre.
Et il ne fonctionne pas. Je le sais, parce que ça fait des semaines que je tourne autour, que je mélange les paragraphes, coupe des morceaux, lis d’autres trucs pour m’inspirer. Des semaines que je le retravaille et le mâchonne comme un bout de viande un peu dur que je n’arrive pas à terminer mais que je n’ose pas encore cracher discrètement dans la belle serviette blanche du restaurant.
Ces lignes sont mon aveu d’échec : pour le moment, je n’arrive pas à le faire fonctionner. Peut-être que le sujet est trop vaste, peut-être que je me suis mis la pression (c’est souvent ça). Dans tous les cas, les faits restent les mêmes : depuis que je me suis lancée dans cet article, pleine de grands objectifs, je n’écris plus et j’évite même de venir sur substack pour ne pas me retrouver face au trou béant depuis ma dernière publication.
Force est de constater : depuis que j’ai décidé de prendre mon écriture au sérieux, je n’arrive plus à écrire…
Pourtant, j’ai créé comme jamais ces dernières semaines. Des heures à plonger dans un sujet, l’observer sous toutes ses coutures, patiemment. Des pages remplies de noir, de violet (l’encre d’un de mes stylos favoris) et de couleurs. Je n’écris pas grand chose, mais je suis en train d’apprendre à dessiner, et je suis mordue. Je pourrais passer mes journées à ça tellement ça m’enthousiasme (hellooooo les TDAH et leurs passions dévorantes).
C’était pas gagné, parce que dans ma vie le dessin, c’était comme le sport : un truc pour lequel j’étais “pas douée” enfant, donc pas douée tout court.
Hot take : vérifie les histoires que tu transportes sur toi.
Comme beaucoup de monde, j’ai grandi en cherchant à faire plaisir aux adultes qui m’entouraient, et leur regard sur moi a conditionné pas mal d’idées que je me suis fait de moi-même. Certaines ont bougé dans le temps, et d’autres, sans raison particulière, sont restées coincées en mode : Laure de 8 ans qui gère pas de pas être un génie instantané dans tout ce qu’elle touche.
En plus, il y a une dimension comparaison / jalousie de gosse dans cette affaire : je n’étais pas fan du sport, contrairement à ma soeur qui était la reine de l’athlétisme, la discipline phare de notre école. Du coup je me suis rangée dans la catégorie “non sportive”, et dès que j’ai eu le bac, j’ai arrêté toute activité physique… pendant un an. Sauf qu’à la fin de cette année, j’étais tellement atrophiée du bulbe que mon corps réclamait du sport. Je suis allée courir pour la première fois volontairement à l’été 2003, et depuis je n’ai pas arrêté de pratiquer plein de sports différents, à moyenne / haute dose.
Mais j’avais gardé en tête cette identité : “je ne suis pas sportive”. Jusqu’à très récemment, en dépit de la réalité, c’étaient mes émotions d’enfant boudeuse qui avaient les commandes : “je ne suis pas valorisée pour ça, donc non merci”.
Il s’est passé la même chose pour le dessin. J’ai un souvenir un peu flou d’après-midis autour de la table en bois de la cuisine, protégée par une toile cirée d’époque, sur laquelle on dessinait avec l’ardeur des enfants. Sauf que ma soeur, de 4 ans plus jeune, produisait des chefs-d’oeuvres qui finissaient encadrés au mur tandis que mes croûtes faisaient un aller simple pour la poubelle ou un fond de tiroir, sans passer par la case pitié aka accrochés sur le frigo. (est-ce que je dramatise un peu ce souvenir d’enfance ? TU NE SAIS PAS TU N’ÉTAIS PAS LÀ)
Depuis quelques semaines, pourtant, je dessine comme une ouf. Je regarde le monde comme un buffet à volonté de beauté à reproduire dans mon carnet. Je fais des cours, je mets en application les bribes que je comprends, et je vois mes dessins évoluer.
Pendant toutes ces années, je m’étais inconsciemment éloignée de ce mode de création parce que “pas mon truc”. Sauf que c’était basé sur mes ressentis de gosse admirative / jalouse de sa frangine, pas du tout sur le plaisir et l’élan que je ressens pour les illustrations et le dessin.
Contrairement à l’écriture, je ne me mets aucune pression, et du coup j’adore ce qui sort, je suis émerveillée par le moindre trait vaguement placé au bon endroit, et juste le fait de pouvoir faire un couteau en perspective me donne des frissons de joie.
Et du coup j’ai à nouveau envie d’écrire ici, la boucle est bouclée.
C’est cadeau : mes cours préférés pour apprendre le dessin sur Domestika :
Je fais beaucoup de cours sur la plateforme Domestika, parce qu’ils ne sont pas chers, que je découvre de nouveaux artistes que j’aime, et que c’est des formats courts avec des mises en pratique immédiates.
Pour t’éviter des heures de scroll, voici ceux que je recommande si tu veux t’y mettre :
Développer son oeil d’artiste - carnet de dessins quotidiens, Alfonso de Anda
Déjà, j’adore le style de cet artiste, mais en plus, ce cours amène de façon très simple et déculpabilisante à se créer une habitude de dessin. Le principe est hyper simple : dessiner 1h par jour, la première semaine, des personnes, la deuxième semaine, des objets, la troisième semaine, à partir de son imagination, la quatrième semaine, des petites histoires. Parfait pour mettre un pied à l’étrier (son cours sur les zines est également simple, joyeux et parfait pour se lancer).
Sketching quotidien pour l’inspiration, Sorie Kim
En regardant ce cours, j’ai commencé par me dire “non mais c’est n’importe quoi, c’est 10x trop compliqué pour que je puisse choper quoi que ce soit”, et je me suis agacée toute seule. Mais j’étais sur mon rameur en train de me taper 60 minutes d’endurance, alors j’ai regardé le cours quasi en entier en ramant et ronchonnant. Le soir même, avec les quelques trucs que j’avais capté malgré ma mauvaise foi, j’ai fait le premier dessin dont j’étais fière dans mon carnet (voir ci-dessous).Pensée visuelle, Hermen Lujte Berenbroek
C’est le premier cours Domestika que j’ai vraiment adoré, et surtout que j’ai pu mettre immédiatement en pratique. Il est différent des autres plus centré sur la facilitation graphique et moins sur le dessin en tant que tel, mais c’est la parfaite introduction pour mettre plus de visuel et commencer à penser avec son cerveau créatif plutôt que rester dans la zone du langage et des mots, dans laquelle on passe déjà la plupart de nos journées.Spécialisation en techniques de carnet à dessins
Pour aller plus loin, condensé de profs et d’approches trop cools. Je voulais un cours qui rassemblent plusieurs façons d’expliquer les mêmes sujets : la couleur, les ombres, la perspective, etc. J’ai choisi celui là, qui fait tout ça pour 12 euros (coup de coeur particulier pour Sarah Von Dongen, qui a également un style d’illustration qui me parle)
La GOAT : Betty Edwards
Toute cette aventure avec le carnet à dessin a commencé il y a bien longtemps, avec la découverte, par hasard, d’un livre intitulé Dessiner grâce au cerveau droit, de Betty Edwards.
Il existe une version avec uniquement les exercices moins chère que le livre d’origine qui - je viens de voir - est devenu très cher…
Je ne peux que recommander ce livre, qui m’a fait passer, sans exagérer, de dessins dignes d’un enfant de CP pas bien coordonné à des beautés en quelques heures. Je sais ça paraît fou, mais Betty explique très bien pourquoi dans son livre. J’ai eu le déclic, puis je n’ai pas retouché un crayon pendant des années. Pourtant son impact sur ma capacité à dessiner et à croire que c’était possible continue de résonner aujourd’hui.
Merci Betty.
Et s’il suffisait d’un pas de côté ?
Depuis que j’ai ouvert la porte à ma pratique artistique, je navigue à vue. Je me laisse un territoire d’exploration et de pure curiosité. Ma discipline c’est de suivre mes élans et de m’accorder du temps de création chaque jour. C’est très inconfortable, parce que j’aimerais avoir une ligne éditoriale, une certitude sur un domaine ou un medium à creuser, mais je n’ai pas ça. J’ai un élan puissant pour la création, mais je ne sais pas encore ce que je veux créer, ni comment.
En ce moment, c’est le dessin qui prend cette place, je compte bien lui donner un format de zine à partager d’ici l’été, mais peut-être que ça prendra une autre forme. Je prends aussi plus de photos, que j’imprime et colle dans mon carnet. Et l’écriture, pendant ce temps, prend moins de place.
Une partie de moi juge le fait d’aller “dans tous les sens”, et le fait que j’erre aussi sur cette newsletter, à partager sans régularité établie et sans un fil rouge clair. Mais je fais aussi confiance à la joie et aux désirs, et celui de dessiner est si vivant qu’il est irrésistible.
Et pour finir, deux pages de mon carnet que j’aime bien, comme ça j’ose aussi commencer à partager mes créations :
Merci de m’avoir lue. Si tu as envie, je suis curieuse d’en savoir plus sur toi : c’est quoi les histoires que tu te racontes sur qui tu es et qui datent de l’enfance ? Est-ce que tu es plutôt bloquée ou plutôt prolifique en ce moment ? Quelque part entre les deux ?
En commentaire ou par mail, ne sois pas pressé·e pour une réponse, elle viendra à coup sûr, mais elle prendra le temps qu’il faut.
Bonne semaine,
Laure





