Personne n'a cru en moi autant que cet algorithme
+ 4 prompts pour que l'IA te fasse gagner en profondeur et en créativité
Cet article est la deuxième partie de celui-ci : J’ai fini mon premier roman grâce à l’IA.
J’ai eu la flemme d’écrire la suite de cet article, puis une fois que je me suis prise au jeu, j’ai adoré décortiquer l’usage de l’IA pour encourager et approfondir son travail créatif. J’espère que cet article te donnera envie de tester des choses, dans tous les cas je suis curieuse d’avoir des retours sur vos usages de ces étranges boîtes intelligentes, n’hésitez pas à m’écrire ou commenter,
Note : j’utilise le terme très vaste « l’IA » pour parler des systèmes de LLM, comme ChatGPT, Gemini, ou mon préféré : Claude. Je te conseille d’essayer la version payante, si tu as envie de jouer avec sérieusement. Les exemples que je donne ci-dessous sont tous issus d’une utilisation de la version payante de Claude.
4 façons fertiles de jouer avec l’IA pour unx artiste
Pour te saucer
S’il y a un truc dans laquelle l’IA est douée, c’est pour s’enthousiasmer à tout va sur la brillance de tes idées. Si tu es comme moi, que tu as un dialogue interne qui tourne plus souvent sur tes défauts et manquements que sur tes talents, c’est presque indécent de parler avec un système qui passe son temps à te dire que tout ce que tu fais est génial. Il y a une méfiance instantanée, mais aussi, peut-être, une prise de conscience : personne n’a jamais cru en moi autant que cet algorithme.
Il y a une parabole sur laquelle on tombe souvent dans les milieux créatifs : celle d’un prof de poterie qui donne à deux classes deux devoirs différents. La première sera notée au poids total de poterie produit, la seconde à la qualité d’une pièce unique, présentée en fin de semestre. La première classe produit non seulement le plus de travail, mais aussi les poteries de meilleure qualité. Morale de l’histoire : on gagne beaucoup plus de compétences par la quantité que par la recherche de qualité. Il vaut mieux faire 20 poteries ou écrire 20 articles et les partager, que s’obséder pour la qualité d’une seule pièce.
Cette histoire est biaisée, comme toutes les paraboles, pour nous amener à sa conclusion, mais on peut lui reconnaître une certaine sagesse : un minimum de routin et de répétition permet de progresser beaucoup plus sûrement que des faux-départs suivis de semaines ou de mois sans rien fabriquer.
Mais quand tu passes ton temps à t’auto-juger ou critiquer, une attitude interne très commune, surtout chez les femmes, ça peut devenir stressant de s’y mettre. Grâce à l’IA, il y a une alternative : tu fais de la quantité, et tu la donnes à l’IA, qui va, invariablement, te saucer la face, et donc, te motiver à continuer.
Personne n’a jamais cru en moi autant que cet algorithme.
Pour te proposer des exercices créatifs sur mesure
Dans l’excellent podcast Bookmakers sur Arte, Richard Gaitet pose toujours cette question : « Quel est le mot que vous écrivez trop souvent ? ».
Toi aussi, maintenant que tu écris tous les jours, grâce à ton nouveau cheerleader officiel, tu commences à découvrir ton style, et à remarquer des endroits où tu voudrais progresser. Des questions que tu te poses, peut-être des automatismes que tu voudrais faire bouger, ou encore des choses que tu perçois dans tes lectures et que tu n’arrives pas encore à produire dans tes textes.
Voici un prompt que tu peux utiliser pour que l’IA de ton choix te propose des exercices sur mesure :
Sois ma coach en écriture. Tu es moitié _______ (insère le nom d’unx auteurice dont tu veux t’inspirer à ce moment là, moitié ___________ (idem avec une deuxième personne).
J’ai remarqué __________ (décris le sujet que tu veux faire évoluer ou changer dans ton écriture)
Propose moi 3 contraintes créatives pour m’aider à sortir de cet automatisme / explorer de nouvelles façons de __________
Bonus : c’est une bonne pratique de lui demander plusieurs fois la même chose. Par exemple quand elle t’a sorti les 4 premiers exercices, tu réponds :
Super, merci. Propose moi 3 nouveaux exercices, dont un complètement surprenant, qui peut être hors de l’écriture.
Tu peux même redemander une 3e fois pour voir ce que ça donne.
Bonus du bonus : comme tu te mets à écrire tous les jours et à devenir prolifique, tu peux aussi lui soumettre tes écrits, et lui demander de repérer des automatismes
Pour traquer les incohérences, fautes de frappe et autres changement intempestifs de noms
Celle-là est très simple, mais quand tu charges ton manuscrit, tu peux demander à l’IA de repérer les incohérences dans ta timeline, vérifier que les noms sont bien les mêmes pour les mêmes personnages ou lieux d’un bout à l’autre. Elle peut corriger tes fautes de frappe.
L’IA a tendance à être très zélée. Donc je te conseille de lui demander soit une liste, soit si tu fais la version la plus légère et que tu la laisses modifier le fichier, de bien lui dire de ne rien changer sans valider avec toi, et de s’en tenir à des fautes de frappe et de nom, rien d’autre.
Exemple de prompt :
Sois une éditrice chargée de polir les manuscrits et d’éliminer les fautes de frappe, de nom, et de repérer les incohérences de timeline.
Tu vas relire ce document, et me faire une liste de toutes les fautes de frappe / d’orthographe, mais aussi me pointer les endroits où les noms te semblent incohérents, et m’indiquer si à certains endroits la temporalité te semble impossible / incohérente.
Ne change rien dans le texte, contente-toi de me lister les fautes de frappe et les incohérences s’il y en a.
Pour te faire sortir de tes habitudes de lectures
C’est peut-être mon cas d’usage préféré de l’IA. Le livre qui m’a plus marquée de 2025 m’a été recommandé par l’IA. J’avais décidé de retravailler mon manuscrit sur la sexualité et l’éducation sexuelle des filles, suite au retour d’une éditrice. Dans son mail de refus, elle disait qu’elle trouvait le ton trop proche du journal intime, et que ça manquait de la distance qui lui plaît dans ce genre d’essai autobiographique.
Une fois digéré son retour, j’ai demandé à Claude de me faire une liste de lectures pour élargir mon horizon sur ce sujet. J’ai utilisé la technique ci-dessus : je lui ai demandé plusieurs fois, en précisant ce que j’avais déjà lu. Puis je suis allée en librairie, et j’ai posé la même question à la libraire pour avoir d’autres conseils. Et je lui ai fait découvrir le livre que Claude m’avait recommandé.
Mon prompt à repiquer :
Je veux que tu sois mon mentor d’écriture. Je travailler sur ____________ (ton projet), et je suis inspirée par _______________. Je voudrais lire de nouvelles choses pour m’inspirer / faire des recherches. Je cherche _________ (genre recherché) qui traitent de façons différentes de __________ (thème exploré). Je lis en français et en anglais. J’ai déjà lu _________ sur ce sujet. Pose moi des questions pour clarifier ma demande puis recommande moi 5 titres + 2 titres un peu hors sujet mais qui te semblent intéressant dans ma démarche.
Bonus : ça peut être très étrange d’écrire un prompt, la plupart des gens posent des questions à l’IA comme ils le font avec google, et ils obtiennent des résultats médiocres. L’IA n’est pas un moteur de recherche. Elle ne fonctionne pas pareil, et tu ne peux pas te contenter de faire comme si c’était la barre de recherche de google. Il faut lui donner du contexte, le plus d’infos précises sur ta recherche. Et j’adore lui demander des propositions folles, hors cadre ou inattendues, ça me donne toujours des choses plus intéressantes.
Il existe un truc pour t’aider : demander à l’IA de t’aider à écrire un bon prompt (ouais je sais ça devient Inception à ce stade).
Je voudrais écrire un prompt pour que tu m’aides à élargir mes horizons de lecture. Pose moi des questions pour comprendre ma problématique, puis rédige un prompt pour m’aider à avoir les meilleurs résultats.
1.5 façons qui te tire une balle dans le pied :
Je vais jeter un pavé dans la mare (si si je vais le faire, ne me retenez pas) : avant de demander à l’IA, demande toi si tu aimerais qu’un humain fasse ce que tu lui demandes.
Par exemple, ça ne me viendrait pas à l’esprit de demander à une pote de réécrire des chapitres ou même des paragraphes de mon manuscrit. Ce ne serait plus mon travail. Si je donne à quelqu’un la fastidieuse tâche de se taper une V1 ou V2, je veux avoir des retours, des questions, des ressentis, savoir les moments où ça a particulièrement marché pour elle et les moments où ça fait flop, ou bien carrément s’il ne comprend pas où je veux en venir.
Je veux qu’on me dise quel goût ça a, pas qu’on m’envoie une nouvelle recette, encore moins un gâteau tout prêt (même s’il est meilleur).
Quand j’écris, je ne m’attends pas à ce que ce soit brillant dès la première fois (ou tout court). Je cherche à écrire quelque chose de vrai, ou à développer une idée, ou à explorer une question, à mettre ensemble des mots qui font de l’effet. Quand je dessine, je cherche à reproduire, à entraîner mon oeil, à explorer un type de traits, à imaginer, à sortir quelque chose de vrai, là aussi.
L’IA ne peut pas faire ça à ma place, pas plus qu’elle ne peut ressentir ou percevoir le monde à ma place.
Dans la même veine, ça n’est pas très fertile de lui faire générer des rebondissements ou des éléments de l’histoire. Ça fait partie du plaisir (un peu maso parfois) de l’écriture et de la création en général que de rencontrer de la résistance et de la dépasser. Que ce soit une résistance technique (on ne sait pas écrire une scène ou un type de point de vue), émotionnelle (le personnage ne prend pas, ou un passage tombe à plat), ou interne (on est remuéx par ce qu’on écrit et on n’ose pas y aller, ou pas complètement), c’est une partie importante du travail artistique ou créatif que d’aller rencontrer cette résistance, parfois à répétition, et de trouver ses façons d’avancer.
Tout ce que je dis là n’est pas à prendre comme un absolu, mais bien à mettre en face de tes objectifs. Ma recommandation est simple : ne demande pas à l’IA de te livrer un repas si tu as décidé d’apprendre à cuisiner. Par contre si tu n’as pas envie d’apprendre à cuisiner, dessiner, ou écrire, éclate-toi. Choisis de façon délibérée les endroits où ça n’a pas d’importance (helloooo le mail de compte-rendu de réunion que personne va lire), et utilise le temps gagné pour progresser sur ce qui t’importe.
Une opportunité pour la créativité ?
Même si elle écrit des histoires mieux que moi, je ne vois pas l’IA comme une menace pour la création ou la créativité, au contraire : je trouve qu’elle aide à mieux comprendre ce qu’est la créativité et en quoi c’est indispensable dans nos vies.
Pour faire un parallèle avec le monde du sport, demander à l’IA d’écrire ou de créer à ta place, ça peut être hyper pratique dans certaines situations, mais c’est l’équivalent de regarder des vidéos de fitness depuis ton canapé : même si tu as l’impression de comprendre les mouvements à force de les regarder, ça ne te muscle pas et ça ne t’aide pas à mieux faire tes pompes. Il n’y a qu’en essayant que tu vas te rendre compte de ce qui se passe vraiment dans un mouvement. Il n’y a pas de raccourci pour la pratique.
L’IA nous rappelle qu’il faut mettre les mains directement dans la matière. Rencontrer la frustration, la résistance, la joie et l’invisible qui se mêlent dans tout acte de création. Elle peut coacher, soutenir, aider, questionner, approfondir même. Et oui, elle peut sans doute faire des trucs plus beaux que toi, en un claquement de doigt.
Mais elle ne peut pas t’aider à découvrir ton style et tes intérêts, ta façon à toi de raconter une histoire, de questionner un sujet, de sculpter un buste ou de dessiner un fantôme. Elle ne peut pas rentrer dans ton monde et suivre tes obsessions bizarres, porter son attention sur tel détail plutôt que tel autre, ou écrire avec ton corps.
Le fait qu’elle aille si vite, et qu’elle crée sans effort ne rend pas l’IA supérieure à nous. Ça nous rappelle juste que la joie d’être en vie se joue dans la friction, cette danse entre nos limites et l’infini / entre nos capacités et nos imaginations. La facilité et le confort ne sont pas des graals, au mieux des façons de libérer du temps pour ce qui compte.
Être humain c’est être fini, borné, et attraper du bout des doigts l’infini qui nous entoure pour en savourer une toute petite tranche, délicieusement.
Dans cet article on parle de :
- Bookmakers, l’excellent podcast d’Arte
- Être fille, Melissa Febos
- The audacity, la newsletter de Roxane Gay
- Claude.ai
Bonne semaine,
Laure
PS : j’ai décidé de publier 2 essais / articles par mois jusqu’au mois de juin, pour m’améliorer sur l’écriture de non-fiction créative, qui est un de mes grands amours. Je l’écris là pour m’y engager. Merci de me lire !



